Moussa Camara et le diamant, une histoire de vie

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La sous-préfecture de Banankoro, située à 826 Km de Conakry (préfecture de Kérouané), est une zone qui regorge d’importantes réserves de diamant. Cette zone est aujourd’hui envahie par des exploitants artisans à la recherche de la pierre précieuse. Cette activité économique a permis une croissance rapide de la localité qui est aujourd’hui devenue une ville. Mais la chasse au diamant ne se fait pas sans difficultés, selon Moussa Camara, la cinquantaine révolue. 

Agé de 56 ans, Moussa Camara, brave le chaud et le froid,  depuis 22 ans, pour exploiter le diamant. Ce travail qu’il pratique à la main ne le décourage pas, malgré les nombreuses difficultés rencontrées au quotidien. « Tant qu’on ne trouve pas une pierre de diamant, on se nourrit difficilement », déclare le diamineur, Camara. « Quand on donne à quelqu’un 50 000 GNF par semaine, et il se trouve que la personne a une famille à nourrir, ce montant ne peut lui suffir », poursuit-il. Et d’ajouter : « mais comme il n’y a pas d’autres moyens, on se contente de ça. On serre la ceinture pour continuer à travailler afin d’avoir ce que nous cherchons. Parce que quand la chance te sourit, tu peux rattraper le retard de 20 ou 25 ans ».

Ce n’est pas tout. Banankoro étant une zone minière, les produits sont « extrêmement chers », note notre interlocuteur. Selon lui, cette situation est due, en partie, au fait que la route d’accès reste impraticable. « C’est ce qui rend les marchandises chères », précise-t-il.

Pour défaire leurs difficultés, certains se précipitent auprès de leurs patrons, leurs parents ou amis. « Parce que tant qu’on ne trouve pas une pierre de diamant, on ne peut pas avoir de l’argent », se lâche l’exploitant, Camara.

Aujourd’hui, grâce à cette activité, il parvient à joindre les deux bouts et financer la scolarité de ses enfants. « J’ai eu la chance d’avoir une fois une pierre de diamant, mais cela a un peu duré. Ça a été une joie parce que c’est avec cet argent que j’ai pu me marier, je paye la scolarité de mes 5 enfants qui évoluent dans des écoles privées ».

« Nous portons l’espoir tous les jours »

Mais malgré ces difficultés, Moussa Camara ne compte s’arrêter à mis-chemin. Parce qu’il trouve son salut dans cette activité. « Nous portons l’espoir tous les jours. C’est pourquoi il faut continuer à œuvrer. Une fois que je trouve le diamant, je serais soulagé », dit-il avec un sourire aux lèvres.

Marié et père de huit (8) garçons, M. Camara ne parvient pas à se passer de son unique métier. Parce que « tout ce que je gagne, c’est à partir de l’exploitation minière », confie-t-il. Aussi, « ce travail m’a permis de réaliser une maisonnette à Banankoro et une autre à Faranah, ma préfecture natale. J’arrive aussi à nourrir ma famille et scolariser mes enfants, dont les deux premiers sont à l’université. Je ne suis ni fonctionnaire, ni commerçant. Ce que j’ai pu réaliser, c’est à la sueur de mon travail dans l’exploitation du diamantJe ne peux donc pas m’orienter vers un autre métier, parce que c’est ce que je connais », explique Moussa.

Le site de l’exploitation du diamant est situé à 7Km de Banankoro. Moussa Camara, comme les centaines de mineurs, parcourent cette distance,  6 jours sur 7 à la cherche de la pierre précieuse. Pour se rendre à la mine, il y a plusieurs options : aller par véhicule pour un coût de  (2000  à 3000 GNF), ou à moto et à pieds pour ceux qui n’ont pas les moyens. Les exploitants du diamant travaillent du matin au soir. « Seulement, si on est fatigué, on rentre à la maison. Mais certains sortent chez eux à 6h et ils travaillent jusqu’à 18h », nous confie M. Camara.

Sur le site,  on peut constater une montagne de sable déversée par l’ancienne société industrielle dénommée « AREDOR », qui a fermé depuis des années. Ce sont les débris de cette montagne que les mineurs ramassent pour aller laver dans une rivière d’à côté, dans l’espoir de retrouver des minuscules  de diamants les permettant de résoudre certains de leurs problèmes.

Quid des méthodes du travail ?

Une pelle à la main, un sac, un sceau ou un panier, et un tamiseur sont les principaux outils qu’utilisent les travailleurs du diamant sur le site. Sous une chaleur de canicule, avec un mouvement ininterrompu des va-et-vient, les mineurs (hommes & femmes, tous âges confondus, accompagnés d’enfants) montent et descendent. Chacun à la quête d’un morceau de diamant. A voir ce mouvement, on est tenté d’espérer qu’il n’y a aucun problème, malgré les risques et l’enjeu du diamant.

« Entre nous les travailleurs, nous nous aimons et nous nous entraidons. Ici, les travailleurs constituent une famille. S’il y a un problème entre nous, il y a des commissions qui sont là pour gérer d’éventuels conflits ».

Au sein de la mine, les exploitants travaillent-t-ils tous pour eux-mêmes ou pour quelqu’un d’autres ? Plusieurs choix sont possibles, nous informe-t-on.

« On peut faire un contrat à la mine même. Et, on travaille pour quelqu’un du matin au soir, il nous paie 50 000 GNF. Si c’est par morceau, vous discutez jusqu’à ce que vous vous entendiez. Ça dépend de votre entente. Si c’est pour laver pour quelqu’un aussi, c’est 5000 GNF par heure. C’est au travailleur de faire le choix du travail qui le convient », rapporte Moussa Camara qui poursuit : « si le patron finance par semaine ou par mois, lorsque vous gagnez le diamant, il paye. Et l’argent qu’il va donner, vous divisez ça en deux parties. Il prend la moitié et l’autre moitié revient au travailleur. Parce que c’est lui qui fait les dépenses. Vous pouvez travailler 6 mois, un an ou plus, sans trouver du diamant. Mais lorsque vous trouvez du diamant et vous divisez l’argent, il va aller revendre le diamant pour gagner son intérêt. »

Nonobstant le peu de réalisations faites par Moussa Camara, grâce à son activité de diamineur, son ultime espérance repose sur ses progénitures. « Aujourd’hui, mon dernier espoir reste mes enfants. Je suis fatigué maintenant. Je prie Dieu pour mes enfants qui sont à l’université, qu’ils terminent leurs études et trouvent du travail afin de me secourir. Je vais continuer de travailler ici. Quand les enfants auront des moyens, ils vont me ramener  à la maison pour me reposer», espère-t-il.

Aliou BM Diallo, envoyé spécial à Banankoro

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