« L’habitude est une seconde nature », dit un adage. Ceci reste valable pour les services de police routiers en République de Guinée. Malgré les réformes engagées par les autorités dans le secteur des forces de défense et de sécurité depuis 2011, les tracasseries policières demeurent monnaie courante dans les rues de Conakry et de l’intérieur du pays.

Par Mamadou Aliou Diallo

Agents de police routière, voire des gendarmes se livrent à des pratiques qui n’honorent pas la corporation. En longueur de journée, des usagers de la route sont rançonnés par des agents de la police routière.

Déployés pour discipliner la circulation routière, certains agents s’éloignent de leur mission au profit de miette, et participent à obstruer les voies publiques. Le phénomène est récurrent au niveau de presque tous les carrefours de la capitale guinéenne, et de la plupart des barrages de contrôle érigés à l’intérieur du pays.

Des chauffeurs interrogés déclarent que pour échapper à la rigueur de la loi, il suffit tout simplement de glisser quelques billets de francs guinéens entre les mains de ces agents. C’est le cas qu’Impact Afrique a vécu à Cosa dans la banlieue de Conakry, où un policier exige au chauffeur un montant pour stationner son taxi en quête de passagers. « C’est connu de tous », confie le jeune conducteur d’une trentaine d’années. « Si on veut s’arrêter au bord de la route pour chercher des passagers, sans que les policiers nous chassent avec leur bâton, il faut donner 1000 GNF, ou 2000 GNF. Donc, quand on arrive, on leur tend la main, on se salue en laissant quelque chose. Eux-mêmes sont contents. Parfois, ils ne regardent pas avant de mettre la main dans leur poche. Et puis on se gare », a-t-il confié sous anonymat.

Conséquences, ces chauffeurs bloquent le passage, occasionnant souvent des embouteillages. « Oui, quand on crée l’embouteillage, ça plaît parfois aux agents, parce qu’ils gagnent eux aussi », ajoute notre interlocuteur.

Quid des barrages interurbains ?

A l’intérieur du pays par exemple, sur la nationale -Conakry-Labé- long de plus de 420 km, plusieurs barrages sont érigés. Au niveau de chacun, les passagers ne disposant pas de pièce d’identité payent 5 000 à 10 000 francs guinéens pour franchir le barrage. Les chauffeurs de véhicules de transports en commun eux, sont obligés de débourser 10 000 GNF à chaque point de contrôle. « Si on ne paye pas, ils  »les gendarmes de la brigade mobile » prennent leur moto pour nous suivre. Et là, ils viennent avec un faux reçu de 100 000 GNF. Quand on paie, ils empochent l’argent. Regardez comment sont nos routes. Tout est dégradé», se désole Me AB (mot-valise), un chauffeur de camion, qui assure le transport des marchandises entre Conakry et Labé.

Faut-il souligner que le système de racket n’est pas seulement spécifique à la Guinée. En 2015, l’organisation internationale Human Rights Watch a accusé des forces de sécurité de la Côte d’Ivoire d’ « extorsion et de racket » aux barrages routiers.

 Selon l’ONG, « l’extorsion par les forces de sécurité aux barrages routiers reste un grand problème en Côte d’Ivoire, quatre ans après que le gouvernement du président Alassane Ouattara a pris l’engagement d’y mettre fin ».

HRW estime que l’extorsion de fonds semble être bien organisée. Car, précise-t-on, les conducteurs transportant des passagers dans des taxis et des moto taxis paient un tarif quotidien fixe, habituellement de 500 à 1 000 francs CFA (entre 1 et 2 dollars US), à chaque point de contrôle, et les forces de sécurité font le suivi du numéro d’immatriculation de chaque conducteur afin de déterminer si la personne a payé. Les conducteurs ont affirmé que s’ils refusent de payer, les forces de sécurité trouvent une excuse pour les détenir temporairement, parfois pendant des heures.

Le coût du racket !

Une étude financée par la Banque mondiale et réalisée par l’Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d’économie appliqué a estimé, en 2014, le coût annuel total de l’extorsion de fonds sur les routes pour l’économie de la Côte d’Ivoire à 340,5 milliards de francs CFA (567 millions de dollars US) – un montant extraordinaire, bien que moindre que les 369,6 milliards de francs CFA (616 millions de dollars US) dont la même institution a déclaré qu’ils ont été perdus du fait de l’extorsion en 2012.

Où part l’argent racketté ?

Plusieurs sources ont déclaré à Human Rights Watch que les agents et même leurs supérieurs prennent souvent une part de l’argent collecté aux barrages. La réticence des subordonnés à fournir des informations sur leurs supérieurs signifie que ces derniers font très rarement l’objet d’enquêtes et de poursuites.

En Guinée, malgré les nombreux cas de dénonciation des actes des forces de sécurité pour le phénomène d’extorsion d’argent, leur agissement reste impunis. Hélas! Ainsi va la Guinée au main des plus forts.

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