Une cérémonie de remise officielle de 46 tuyaux PVC de diamètre 250 mm a été organisée mardi 09 juin 2020 à Katfoura, dans l’enceinte de la base vie de l’air marine protégée (AMP) des îles Tristao. La dotation des exploitants rizicoles des localités de Katfoura, Koungha et Katchek intervient dans le cadre du projet de conservation de la mangrove dans les iles Tristao, dont le financement est assuré par la fondation DOB Ecology.

Lancé en 2019, il est conjointement mis en œuvre par le Partenariat Régional pour la Conservation de la zone Côtière et Marine en Afrique de l’Ouest (PRCM) et les ONG Guinée Ecologie – PREM en étroite collaboration avec l’office Guinéen des Parcs et Réserves (OGPR).

Sa vision principale en 2022 est d’augmenter de 1400 hectares de mangrove en améliorant l’utilisation durable de celle-ci. Les activités consisteront à restaurer 400 ha et reboiser 200 ha, soit 600 ha au total. Puis récupérer 800 ha à travers la promotion des meilleurs pratiques et l’utilisation rationnelle et durable de l’espace.

Exploitants bénéficiaires des tuyaux PVC 260 mm et autorités locales (Tristao 2020)
Le chef du projet, Aboubacar Soumah déclare : « on ne peut pas continuer à restaurer la mangrove sans remédier les causes qui concourent au déboisement des espaces de mangrove ». C’est pourquoi, ajoute-t-il, « cette réunion est convoquée dans le but de procéder à la remise des tuyaux PVC qui sont des équipements importants de gestion de l’eau dans le cadre de la restauration de vos périmètres rizicoles  abandonnés à certains moments à cause des intrusions des eaux marines par manque d’infrastructures de rétention et de contrôle du niveau d’eau ».

M. Soumah souligne que les aménagements en cours (reconstruction des digues, installation des tuyaux) permettront aux exploitants rizicoles de se sédentariser sur les anciens périmètres rizicoles afin d’empêcher de nouvelles défriches de périmètres de mangrove.

Ces lots de matériels constitués en premier lieu de petits d’outillages de travail (les bêches, coupe-coupe) et de tuyaux en second lieu sont certes insuffisants par rapport à la demande, estime le chef du projet, mais permettrait de rétablir un certain nombre de périmètres rizicoles abandonnés. Rassurant qu’il continue de remonter les demandes des paysans auprès des partenaires de mise en œuvre, pour accroître leur capacité d’intervention, Aboubacar Soumah lance un message en ces termes : « continuions ensemble à œuvrer pour protéger notre mangrove qui constitue un patrimoine commun et pour toute l’humanité ».

La remise a eu lieu devant les autorités locales du district de Katfoura, la notabilité, le président du comité de gestion de l’AMP de Tristao, des agents conservateurs de l’AMP, des riziculteurs et des consultants.

Le président du district de Katfoura, Younoussa Camara déclare que ce projet est un bien pour la population guinéenne en général et celle des îles de Tristao en particulier. « Nous ne savons d’où viennent ces tuyaux qui nous ont été octroyés. Nous ne savons pas leur prix, ni combien a été investi pour leur transport. Mais nous savons que c’est beaucoup d’argent qui a été investi. Pour ces tuyaux qui sont envoyés pour nos périmètres rizicoles et tous les autres équipements pour restaurer nos rizières, nous ne pouvons que remercier les donateurs et leur demander de ne pas se décourager ».

Les populations des îles Tristao sont isolées du reste de la Guinée. Car, pour y accéder, les seuls moyens des transports restent les pirogues. Sur l’archipel, pas de véhicule, pas de train. Pour quitter d’une localité à une autre, il faut, soit marcher, emprunter une moto, déplacer une barque ou enfourcher un vélo. « Bien que nous produisons ici du poisson et les bois, si nous avons un projet qui nous aide à les protéger et les préserver, nous ne faisons que l’accueillir et remercier les initiateurs et tous ceux qui s’activent pour l’atteinte des objectifs fixés. Nous savons désormais que planter des arbres est une chose importante pour les générations d’aujourd’hui et future, surtout ici à Tristao », ajoute M. Younoussa Camara.

L’un des bénéficiaires, Salif Kéita, vice-président du district de Kadignet, ne cache pas sa joie. Il déclare : «  Je suis très satisfais, parce qu’ici à Tristao, on n’avait  jamais eu un tel don surtout dans le domaine agricole. Si Dieu fait que nous avons eu la première fois un tel don, nous sommes plus que satisfaits. La gestion des rizières nous a tellement fatigués. L’envahissement par les eaux marines des espaces rizicoles nous a mis beaucoup en retard. La présence de ces tuyaux est une chose qui comble  énormément la population insulaire de Tristao. Nous sommes en phase avec les objectifs de ce projet. Parce que nous sommes en train de voir petit à petit son impact ».

Exploitant dans le périmètre de Kanfal Katchondon, M. Kéita rapporte que depuis très longtemps, lui et sa famille ne savaient pas acheter du riz. Car ils se nourrissaient des fruits issus de leurs travaux champêtres. « Mais ces derniers temps, la mer est en train de nous retirer nos parcelles rizicoles. Aujourd’hui, beaucoup d’exploitants sont chassés par les eaux marines. Puis que chaque année, ils travaillent les mêmes superficies mais ils ne récoltent rien. Ils finissent par abandonner ces espaces pour se rabattre sur des nouveaux espaces ou à d’autres activités. Donc, nous vous invitons à continuer de nous assister, car on a besoin de ça », a-t-il insisté.

Les ressources issues des forêts de mangrove et la pêche sont deux activités dont dépendent les populations insulaires. Conscient des méfaits des mauvaises pratiques de l’homme sur les écosystèmes, Salif Kéita souligne : « si nos forêts sont détruites, ça sera une peine perdue pour la population insulaire. Donc, continuez à nous guider, à nous former, parce que vous êtes mieux informés que nous ».

Tuyaux PVC 260 mm destinés aux rizières dans les îles Tristao
Pour sa part, le président du comité de gestion de l’AMP communautaire de Tristao, M. Babady Camara a fait part de sa préoccupation quant à l’envahissement de l’archipel par des personnes venant de tous les horizons. Il déclare : « Si nous n’avons pas d’appui pour faire face à la pression qui menace les écosystèmes, ça ne pourra pas aller. Dans cette AMP communautaire, nous échangeons avec les citoyens pour les sensibiliser au respect de l’environnement. Ce que les citoyens nous demandent comme besoins, c’est ce que nous proposons à nos partenaires. Donc, l’arrivée de ces tuyaux PVC est une réponse concrète à un des besoins exprimés par les exploitants rizicoles pour faire face à leurs activités quotidiennes.»

La dotation des exploitants en tuyaux PVC constitue un facteur important pour le maintien des digues en bon état. Car, à certains moments de l’année, relève le spécialiste en gestion des terres de mangrove, M. Daouda Camara, notamment en août et septembre, les périmètres sont complètement inondés à cause de la rencontre de l’eau de pluies venue des versants et les marées hautes dont les amplitudes sont très fortes.

Et qu’est-ce qui se passe pendant ces périodes-là ?

« Pendant ces intervalles, les périmètres sont complètement envahis d’eau. C’est en ce moment que les tuyaux une fois placés au niveau des digues, pourront servir à évacuer le trop plein d’eau sans faire de brèches. A défaut, les brèches une fois ouvertes peuvent évacuer l’eau. Mais elles contribuent à fragiliser la digue dont la réparation deviendra encore plus coûteuse. Actuellement, les exploitants se servent de tronc de palmier ou de rônier qui se décomposent au contact de l’eau et font rarement deux campagnes agricoles », explique M. Daouda Camara.

Les ont été formés sur les techniques de maintenance et de gestion digues le long de leurs périmètres rizicoles.

Visionner le reportage vidéo

 

Par Mamadou Aliou Diallo, depuis Tristao

mamadoualioubm.diallo@gmail.com

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