En Afrique de l’ouest, la Guinée a la plus grande réserve de mangroves. C’est aussi un pays côtier avec un  littoral long de près de 300 km dont 250 000 hectares de mangroves. Mais aujourd’hui, le taux annuel de régression de cette mangrove est de 4,2%, selon un rapport « sur l’état de l’environnement en Guinée », réalisé en 2012, par le ministère de l’environnement, des eaux et forêts.

Par Aliou BM Diallo

Pour qui connaît cet habitat, c’est le lieu par excellence de la production des produits halieutiques, notamment le poisson. L’exploitation de la mangrove entraîne la destruction des écosystèmes par : la perturbation du foyer de ponte et de nidation des poissons, la destruction des œufs et des alevins, la destruction des espèces aquatiques, la migration de poissons vers les zones d’eau profonde. Ces agressions provoquent d’énormes conséquences sur la production halieutique, et sur la sécurité alimentaire.

De nombreux habitants proches du débarcadère de Bonfi, situé dans la commune de Matam en banlieue de Conakry, vivent des activités de pêches. Au débarcadère et dans les environs, des femmes vendent du poisson sous un soleil de plomb.

 Dans les années 1970, tout le long de ce lieu de négoce était une mangrove. De nos jours, les occupations « anarchiques » de tout genre ont repris place de la mangrove d’autrefois.

Mohamed Kéita, la cinquantaine, est président de l’union nationale des mécaniciens de moteur hors-bord au port de Bonfi. Sachant l’importance des mangroves pour la reproduction des poissons, il tire la sonnette d’alarme. « Si la mangrove est détruite, dites-vous, dans quelques années, la pêche artisanale aura des sérieux problèmes », s’inquiète-il.

Des bâtiments prennent place aux mangroves à Conakry

Le secrétaire général de la fédération guinéenne de la pêche artisanale (FEGUIPA), Abdoulaye Soumah, est conscient de l’apport de la mangrove pour les activités de pêche artisanale. C’est pourquoi il souligne : « qui parle de la mangrove, parle de la nécessité de survie et de reproduction des produits halieutiques. Sans cet environnement, plusieurs espèces marines ne peuvent survivre. La préservation de la mangrove doit être une préoccupation de tout un chacun. Parce que ce sont les mangroves qui peuvent freiner les vagues afin que les poissons puissent se reproduire».

Malgré une prise de conscience des acteurs du secteur, de nombreux citoyens n’ayant pas la même information, ou ne souhaitant pas comprendre, agressent la mangrove pour des intérêts souvent privés. C’est le cas de l’érection des bâtiments à usage domestique, de la coupe des bois de la mangrove, etc.

Pourtant, la destruction de la mangrove peut avoir pour effets aussi, le chômage et l’insécurité alimentaire.  Le secrétaire chargé des relations extérieures, de la communication et de l’information à la FEGUIPA, Idrissa Kallo, déclare qu’il y a 16 000 pêcheurs artisans recensés en Guinée.

Selon lui, s’ils étaient sensibilisés sur l’importance de la mangrove, ils allaient tous se lever pour empêcher la destruction massive qu’elle subit aujourd’hui. « Parce que si la mangrove est détruite, il n’y aura plus de poissons. Et s’il n’y a pas de poissons c’est une façon de mettre tout ce monde au chômage », déplore-t-il.

Lors d’un séjour de travail en Guinée, le président de la confédération africaine des organisations de la pêche artisanale (CAOPA), Gaoussou Gueye a fait le tour de certains débarcadères de Conakry. Son constat « est hallucinant », dit-il. « Détruire de mangrove pour construire des habitations, c’est une façon de nuire l’écosystème et toute la population guinéenne. Ça peut agir sur la sécurité alimentaire des Guinéens et des communautés de l’Afrique de l’Ouest, parce que ce sont des zones de reproduction des poissons. Et la Guinée représente beaucoup en matière de pêche », a rappelé le Sénégalais, M. Gueye. Il ajoute que « notre base alimentaire c’est le poisson. Et le poisson est un facteur de stabilité sociale, de garantie de sécurité alimentaire et d’emplois ».

Menaces des mangroves et impacts sur la production

Au port de Bonfi, les femmes assurent la commercialisation des poissons tandis que la majorité des hommes, eux, assurent la capture des produits de pêche. Parmi elles, Mme Aissatou Camara, âgée d’une quarantaine d’années, exerce cette activité depuis sa tendre enfance. Elle raconte : « avant, quand les pêcheurs partaient à la pêche, ils revenaient en deux jours. Maintenant, le poisson se fait rare. Quand ils partent, ils peuvent faire une à deux semaines avant de revenir

Le président  des mécaniciens hors-bord, Mohamed Kéita, fait une analyse comparative, et explique : « si vous comparez le niveau de production de 5 ans en arrière et aujourd’hui, vous constaterez qu’il y a une baisse énorme. Le gouvernement est conscient de cette baisse. Avant, les barques pouvaient sortir deux à trois fois par jour pour aller pêcher. Mais présentement, quand elles sortent, elles font trois à cinq jours en mer avant de revenir. Tout cela est dû au manque des poissons et aux menaces que la mangrove est en train de subir ».

« Aujourd’hui, s’inquiète Abdoulaye Soumah de la FEGUIPA, l’état des lieux est déplorable en ce sens que la production a baissé de plus de 60%. Ceci s’explique par les effets néfastes de l’homme sur la mangrove. C’est pourquoi, les barques qui pouvaient faire une grande quantité de production n’ont plus la capacité de produire autant. Ça s’est répercuté sur le panier de la ménagère. Parce que quand ça pêche beaucoup, le prix est abordable, mais quand ça baisse, ça se ressent directement sur le marché ».

Interpellé sur cette situation qui impacte négativement les activités des communautés des pêcheurs, le chef du gouvernement, Ibrahima Kassory Fofana a assuré que des mesures sont prises pour arrêter la donne.  « La consigne est claire », dit-il. « Tous ceux qui détruisent la mangrove pour construire des habitations verront leurs maisons détruites. (…) Il y a une commission interministérielle de recensement des constructions faites le long de la mangrove. Des mesures seront prises pour les évacuer », a conclu le premier ministre, Fofana.

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