Le village de Katounou, situé en bordure de mer sur le littoral de l’océan atlantique, dans la région de Boké (nord-ouest) vit de la pêche et de l’agriculture. Jadis enclavé, le débarcadère de Katounou est de nos jours sous l’influence de l’exploitation minière. Pour quitter Diakhabiyah (village situé à l’est) pour Katounou (à l’ouest), il faut traverser le port minier de Dapilon. Ensuite, franchir les routes minières entre des camions de transports de minerais de bauxite, des bulldozers et des véhicules de contrôle dans une poussière à couper le souffle.

Par Mamadou Aliou Diallo

En 2016, le Gouvernement guinéen a accordé un permis d’exploitation au consortium SMB Winning (société minière de Boké) pour l’exploitation de la bauxite et l’installation d’un terminal fluvial à Dapilon, dans la sous-préfecture de Kolaboui. Depuis le début de l’exportation de la bauxite vers la Chine, en octobre 2016, chaque jour, des bateaux miniers traversent le chenal, alors utilisé par les communautés des pêcheurs de Katounou pour la pêche à petite échelle.

Sur le débarcadère de Katounou, trois pirogues usées et vides sont accostées lors de notre passage. Venue d’une île, une autre embarcation transportant des passagers nous a trouvé sur place. Plus loin, on aperçoit un bateau minier quittant la mer profonde en direction du port minier de Dapilon. Les activités de pêche dans cette zone sont à l’arrêt.

Un peu plus au sud, le constat révèle que les villageois ont perdu tout accès à leurs espaces agricoles. Des machines de la SMB décapant les domaines étaient visibles aux alentours du village jusqu’à la devanture de l’unique mosquée.

Difficile cohabitation entre société minière et pêche artisanale

« C’est l’activité de la pêche et l’agriculture que nous avons héritée de nos parents. Mais aujourd’hui, nous sommes sur la voie de tout perdre avec l’arrivée de la société minière », craint le chef du village de Katounou, Ansoumane Camara. Il déclare que les communautés éprouvent d’énormes difficultés avec les bateaux miniers. « Parce que, si nous mettons nos filets de pêche, ils les détruisent. En plus, depuis que ces navires ont envahi ce bras de mer, il n’y a plus de poissons ici. »

Mme Fatoumata Soumah, âgée de 26 ans est une jeune mère de famille. Elle faisait le commerce de poissons que son mari pêchait avant l’implantation de la SMB dans la zone. Assise devant l’ancien débarcadère, la jeune dame dit avoir changé son business suite aux impacts négatifs de la mine sur sa marchandise habituelle. Mme Soumah revend aujourd’hui du bonbon, des biscuits, et d’autres articles importés. Avec d’autres vendeuses d’articles divers, elle attend les rares clients, et contemple aujourd’hui le passage des bateaux minéraliers à la place des pêcheurs et leurs pirogues. Son mari, pêcheur, a arrêté son travail suite aux pertes matérielles subies avec les bateaux de la société minière.

La vendeuse relate : « Depuis l’arrivée de la SMB, nos maris n’arrivent plus à pêcher du poisson. Mais avant la mine, ils pêchaient beaucoup de poissons, de la sardinelle surtout. Malheureusement, aujourd’hui, on ne gagne même pas un kilogramme. Nous souffrons énormément parce que c’est ici que nous gagnons de quoi à manger ».

Interrogée, la directrice préfectorale de pêche de Boffa note que son département rencontre beaucoup de problèmes avec les sociétés minières intervenant dans la préfecture de Boffa. Ils sont liés à la coupe des filets de pêche et de casse des barques.

Mme Sako Adama Cissé précise que les barges viennent prendre la bauxite dans le chenal où les pêcheurs artisans pratiquent leurs activités. Elle ajoute : « Sur le trajet des bateaux miniers, la société minière n’a pas mis des bouées de signalisation. Nous avons longuement discuté avec les responsables de la société minière, mais ils n’ont rien fait. Ils disent que ça ne figure pas dans leur contrat ».

La directrice assure que tant qu’il n’y a pas des bouées, il y’aura toujours des collusions entre les pirogues de pêche artisanale et les barges. Alors, s’il y a du balisement, ça permet aux pêcheurs de savoir le lieu de passage du bateau minier.

Mme Sako dit : « Je vous assure que les exploitants miniers sont venus détruire les lieux de pêche de nos pêcheurs artisans. On leur dit d’aller loin. Mais je vous informe que c’est difficile pour les petites pirogues. Ces pêcheurs font la pêche de subsistance, alors ils travaillent dans le chenal. Si on leur dit d’aller en haute mer, c’est se livrer à la mort parce que qu’ils feront face aux vagues et aux grands bateaux ».

Des opérations de la SMB

Nos différentes tentatives à joindre les responsables de la SMB sont restées infructueuses. Mais, dans communiqué publié sur son site officiel, il est écrit que le consortium SMB a offert, en novembre 2017, deux barques motorisées aux localités de Katounou et Séghèyiré, sous-préfecture de Kolaboui (Boké). Ce don vise à « renforcer la sécurité et les recettes des pêcheurs », lit-on dans l’article.

Par ailleurs, le Directeur des Mines, M. Wang, a rassuré que ce geste est la preuve éloquente de la volonté du Consortium SMB WINNING à accompagner l’ensemble des communautés impactées pour un bon voisinage profitable à toutes les parties.

Nonobstant les réclamations des communautés impactées par les activités minières dans la région de Boké, la SMB continue à venir en aide à certains acteurs de la pêche à petite échelle. Déjà, le 24 avril 2020, la société minière a fait un autre don de trois pirogues motorisées aux pêcheurs de Kabata (Boké). Cet appui est composé de 18 ballots de filets, de neuf sacs flotteurs, de trois moteurs Yamaha, de 15 chevaux, de 120 litres de carburant et des documents administratifs livrés par l’agence de navigation maritime.

Le responsable des relations communautaires, N’Famara Kourouma a déclaré : « Ce don vise à atténuer les impacts du transport fluvial de la bauxite, accroître le revenu des communautés et réduire les risques d’accidents mortels le long du Chenal ».

Quid de la pollution de l’environnement ?

Accusé d’être pollueur de l’environnement et des sources d’eau potable, la SMB dit avoir pris une mesure visant la protection de l’espace dans sa zone d’opération. Il s’agit du lancement d’une technique biologique pouvant réduire « considérablement » la poussière et la boue le long de la route minière. Cette méthode est appelée « Earth Zyme et Dust Stop Municipal Blend ».  Le lancement de cette phase expérimentale a été faite en décembre 2018 sur la route minière de Katougouma.

L’ingénieur en chef des travaux, Wang Shengli, précise que cette nouvelle approche du Consortium est le résultat de la volonté de l’entreprise à améliorer sa stratégie quant au respect de l’environnement dans les zones d’impacts de la société. « Nous avons fini le tronçon d’essai en adoptant cette technique qui consiste au durcissement de la route minière de 20Km dans un premier temps, et 23 pour le reste ».

Comparativement à la méthode d’arrosage traditionnelle des routes minières avec des camions citernes à eau, l’ingénieur affirme que cette nouvelle méthode est plus efficace. « Nous avons toujours utilisé les camions citernes à eaux. Mais, contrairement à cette ancienne méthode, notre nouvelle approche va considérablement réduire l’utilisation de l’eau, ce qui revêt une importance capitale en termes d’économie des sources d’eaux ».

Aujourd’hui, dans la région de Boké, la difficulté majeure réside dans l’absence d’un cadre de concertation entre les différents utilisateurs de la mer, pêcheurs et sociétés minières. La directrice préfectorale de pêche de Boffa pense qu’il est essentiel de mettre en place un cadre de concertation permettant aux acteurs de discuter des problèmes existant entre eux.

Car il est important de pouvoir cohabiter afin que chaque puisse exercer sans causer des dommages à l’autre.

Cet article a été produit grâce au soutien financier du Réseau des Journalistes pour une Pêche Responsable en Afrique (REJOPRA).

Lire la publication originale sur SIPANEWS.ORG

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