Dans le secteur de Kaatchek (district de Kadignè sur les îles Tristão), la mission y a travaillé le 1er et 2 avril 2020. Pour le premier jour, elle a procédé, comme dans les précédentes localités, à une prise de contact avec les communautés, présenter le projet, les objectifs et échanger avec elles sur les problèmes dans leurs activités rizicoles.

Ansoumane Dîmoyoma, octogénaire est riziculteur. Enchanté de l’arrivée d’une mission qui s’intéresse aux problèmes qui assaillent les exploitants rizicoles, M. Dîmoyoma n’a pas pour dissimulé sa désolation face à l’incapacité de sa génération à assurer la succession sur l’héritage de leurs parents. « Ce n’est pas parce que nous ne travaillons pas. C’est parce que les digues cèdent au moment où nos cultures sont en pleine végétation. Et nous dépendons des ressources que nous tirons de la terre. Aujourd’hui, l’agriculture est reléguée au second plan. Car les jeunes s’orientent vers la pêche qui est une activité que nos parents exerçaient au complément des revenus agricoles ».

Prise de contact avec les communautés de Katchek sous un hangar de fortune

Le sage du village dit attendre du projet, d’appui à la communauté pour rentabiliser leurs riches domaines rizicoles dont les recettes « dépassent les besoins des exploitants, si elles sont valorisées ».
Mme Fatou Befaye Keita, mère de famille rappelle que par le passé, leurs plaines rizicoles étaient très productives. Mais, souligne-t-elle, « aujourd’hui nos rizières sont envahies par la remontée saline qui gâte nos cultures. Il est vrai que nos jeunes travaillent, mais l’ensablement générant l’envahissement des eaux salées n’encourage pas l’effort de nos enfants. Avant, la main d’œuvre locale était battante, mais la remontée saline nous handicape ».

Né en 1960, Badjibi Kéita fait la riziculture dans le périmètre de Kanfaal–Katchondon. Il explique que depuis sa naissance, ce qu’il est en train de vivre ces dix dernières années constitue une « catastrophe qui dépassent » les moyens des paysans de Kaatchek. « Le niveau de mer ne fait que monter. Et nous n’avons de recours que l’Etat et les ONG. La situation est très préoccupante».

Constats sur les périmètres

Visite des digues et périmètres rizicoles à Katchek

A Kaatchek, les périmètres de Kanfaal –Katchondon, Kabaférr, Kamasomgbon, Kamdall ont été visités.
Sur le périmètre de Kanfal Katchondon, il a été constaté que la digue de ceinture est soumise à une forte agressivité de la part de la marée. De fortes dégradations ont été constatées de sorte que les exploitants eux-mêmes ont pris la décision de déplacer la digue de ceinture à un premier endroit sur 50 mètres à partir de la bordure du Chenal qui s’agrandi inévitablement. Sur un second endroit, la digue a été repoussée de 20 mètres. Ces déplacements ont causé la perte de 5 casiers correspondant à un minimum de 2 hectares. Compte tenu de l’ampleur des dégâts au niveau de ce périmètre, les occupants des casiers impactés par cette disposition n’ont présenté aucune réaction négative. A la lumière des débats et analyses, le consultant a maintenu de réhabiliter la digue de ceinture de ce périmètre sur toute sa longueur (3733 mètres).

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Sur le périmètre de Kabaférr, M. Daouda Camara, consultant de mangroves a remarqué que pour aménager ce domaine, il sera question de fermer un bras de mer qui débouche en aval sur une importante superficie en cours de régénération. « Fermer ce chenal conduirait à une rupture de l’arrosage naturel par l’eau de mer de cette superficie en cours de régénération. Ce qui nuirait au développement des jeunes plants, donc à la disparition de cette superficie. Suite à l’analyse, cela pourra conduire à de graves conséquences environnementales pouvant engendrer d’une part, la progression de l’eau de mer vers le village et d’autre part, contribuer au réchauffement préjudiciable aux riverains », a alerté le spécialiste.
Le consultant, Daouda CAMARA donne des explications aux exploitants rizicoles sur comment entretenir les digues

Le troisième périmètre de Kamasomgbon est situé en amont de Kabaferr. Il subit l’influence de l’eau de mer seulement en partie. A ce niveau, l’agressivité de la marée n’est pas très marquée. La longueur de cette digue de protection est de 110 mètres, déjà réhabilitée par les exploitants dans les normes acceptables. Aussi, ce périmètre est ceinturé dans sa partie ouest par une parcelle en voie de régénération naturelle des jeunes palétuviers.
Le consultant a donné instruction aux superviseurs de l’AMP de veiller à ce que cette partie en végétation ne soit pas défrichée. Les exploitants ont été eux aussi mis demeure de ne jamais

L’agression d’une digue par un chenal sur le périmètre rizicole à Kanfaal-Katchondon

défricher cette partie qui sert à atténuer le choc de la marée sur les digues pour atteindre le périmètre. Au finish, ce périmètre n’est pas concerné par l’intervention en matière de réhabilitation des digues.

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Le dernier périmètre dans cette zone est Kamdall. Il est situé dans un espace en majorité imbibé par l’eau douce venant des versants. « Ce périmètre de T2 (Terroir 2) c’est-à-dire la partie intermédiaire entre la terre ferme et le front de mer, ne subit pas d’influence inquiétante de l’eau de mer. En plus, le propriétaire est le seul exploitant dans cette zone qui est abandonné à près de 80% de sa superficie. C’est pourquoi s’il s’agit de récupérer cette zone, il conviendrait mieux de procéder à un reboisement par des essences à croissance rapide notamment de l’espèce Melina arborea », préconise M. Camara.

Mamadou Aliou Diallo, depuis les îles Tristato
mamadoualioubm.diallo@gmail.com

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