« Nos efforts devant la marée « François » sont sans effet »

Le mardi 31 mars 2020, une mission de Guinée Ecologie s’est rendue dans le secteur de Koungha, (district Kasmack) à la rencontre des communautés cibles du ‘’projet de conservation de la mangrove dans les îles de Tristão. Sur une distance de 23 km, le parcours a duré 1 heure dû à l’état de la route sablonneuse et jonchée de souche avec des passages dans les marécages sur des digues assez boueuses. Arrivée à 11 heures, la mission a trouvé que la plupart des habitants du village étaient déjà partis à leurs occupations. Sur place, il a fallu attendre la prière de 14 heures pour pouvoir rassembler 21 personnes dont deux femmes, afin d’échanger avec la mission.

Le consultant en mangrove, Daouda Camara en séance de restitution à Koungha

Le consultant et chef de mission, M. Daouda Camara a présenté le projet, ses objectifs, avant d’ouvrir les débats. Ceci a permis de recueillir les avis préliminaires sur les contraintes et problèmes majeurs des riziculteurs, aux plans agricoles, environnementaux et sociaux. C’est pourquoi le consultant a déclaré que le projet envisagé et qui est en train d’être exécuté par l’ONG Guinée Ecologie répond aux préoccupations des communautés.
C’est en cela que le président du district, M. Oumar Kéita a salué les efforts des partenaires au développement qui commencent à s’intéresser à leurs préoccupations majeures depuis l’avènement des aires marines protégées (AMP).

Réunion d’échange avec les communautés de Koungha

Le doyen de la localité, M. Saliou Gueye a remercié la mission d’être venue jusque sous leur toit pour échanger avec la communauté sur les problèmes du moment. Selon lui, « dans le passé, le riz récolté pendant une campagne, était consommé toute l’année et une partie était réservée pour la semence. De nos jours, la main d’œuvre a perdu son efficacité bien que nombreuse de nos jours. La jeunesse se mobilise plutôt pour des activités de gain rapide d’argent notamment la pêche. La consommation croissante du riz importé entraîne beaucoup de maladies méconnues dans le passé. La facilité entraîne la paresse qui génère la pauvreté. La pêche est lucrative mais ses résultats sont au quotidien ».

Moustapha Khaddafi Kanté, un des exploitants du périmètre de Yensen Souri dont la digue de protection est de 1951 mètres linéaires déclare: « nos efforts devant la marée « François » sont sans effet. Cette marée coïncide souvent aux périodes où le riz est dans un état très sensible au niveau des périmètres. Les périodes sont généralement du 15 au 20 août, le 15 au 17 septembre, et le 15 au 20 octobre. Et cette dernière marée a un taux de sel très élevé, très concentrée et trouve souvent le riz à l’étape de floraison dès qu’elle rentre dans le périmètre. Ça provoque la brûlure et engendre la perte totale de nos cultures ».
Dans le cadre de la sécuritaire alimentaire et au maintien de l’équilibre des foyers, les femmes constituent des pièces maîtresses. A Koungha, elles ne font pas exception.

Mme N’simblé Nanfa Tchanda accompagne son mari au champ mais pratique d’autres activités connexes. Son témoignage est sans appel. «Nos tâches prioritaires dans les champs consistent à l’arrachage de plants en pépinière, le transport qui, souvent se fait sur de longues distances, et le repiquage. Pendant la période de soudure où il n’y a plus rien dans les greniers, nous contribuons à l’équilibre du foyer à travers les revenus issus de l’extraction d’huile, la saponification et le petit commerce ».

Problèmes sur les périmètres rizicoles

Après les échanges, trois exploitants par périmètre ont été désignés pour accompagner la mission, le lendemain 1er avril 2020, sur les périmètres de Karéfou et de Yénsén Souri.
Pendant les visites, le problème majeur identifié avec les exploitants, est le non maîtrise de l’eau de mer qui pénètre chaque année dans le périmètre et cause d’énormes dégâts aux jeunes plants. Les exploitants ont reconnu lors de l’analyse des problèmes que même s’ils ont aujourd’hui dix millions (10 000 000 GNF), ils le consacreront tout d’abord au reprofilage de la digue de ceinture en vue de sauver les périmètres en tout premier avant de faire face aux autres problèmes.
Les riziculteurs ont évoqué aussi le problème de semences, des crabes, des adventices et les tuyaux PVC pour remplacer les troncs de palmier évidés qui servent à retirer le plein d’eau dans les périmètres à certaines étapes du développement du riz, la difficulté de mobilisation de fonds propres pour financer les travaux de reprofilage des digues collectives.

Lire aussi: Destruction de mangroves et abandons des rizières à Tristao : Un projet de réhabilitation émeut les communautés cibles

Lors des visites techniques sur le terrain, la mission s’est penchée sur la détermination de la longueur des digues de ceinture au niveau de ces deux périmètres. Le périmètre de Karifou a fait un total de 1477 mètres linéaires et à Yénsén Souri la longueur est de 1951 mètres linéaires. Soit un total de 3428 mètres linéaires pour la localité de Koungha.
Au retour des visites des périmètres, le consultant en mangroves a fait une restitution et des observations. Selon lui, sur le schéma d’aménagement, la digue acceptable dans les conditions constatées sur le terrain à Karifou et Yénsén Souri, devra correspondre à un type de digue de section trapézoïdale avec une section à la base de 70 – 100 cm et une largeur à la crête d’environ 40 cm pour servir de passe-pied.

Vue d’un périmètre rizicole à Karifou

« Cette forme permettra mieux de résister au mouvement et aux chocs des marées mais aussi aux fossoyages des crabes qui perforent les digues pour faciliter le passage des eaux pendant le mouvement des marées. La hauteur moyenne de la digue devra être de 70 cm par rapport à la surface plane du périmètre », précise M. Camara.
Ce modèle, clarifie-t-il, correspond aux ouvrages de haute intensité de la main d’œuvre (HIMO) compte tenu du volume de terre à déplacer qui n’est pas négligeable.
Selon les normes de la localité de Koungha, sur de pareils périmètres dont le sol est argileux, compact et avec la présence des racines de Ryzophora et d’Avicennia, la norme journalière est, en moyenne de 2 mètres linéaires par ouvrier agricole pour un travail effectué dans les normes acceptables.

Sur le plan du calendrier des travaux rizicoles, il a été constaté qu’à Koungha, les travaux culturaux débutent très tôt. Selon les exploitants, les pépinières doivent être installées à partir de la première semaine de juillet pour que le repiquage se fasse en août. C’est-à-dire que les plants passent un mois en pépinière avant repiquage. Les variétés utilisées ont généralement un cycle de 120 jours (4 mois). Alors, « dans ces conditions, les travaux de réfection des digues doivent démarrer dès le début du mois d’avril au plus tard. Et quelques soit le retard accusé, ces travaux de réfection doivent prendre fin au plus tard en mai. Ainsi, à partir de juin, ce sont les travaux de nettoyage des périmètres suivi de la mise en place des pépinières et du bêchage qui doit aussi prendre fin en juillet. A partir du mois d’août, c’est l’arrachage et le repiquage. Si l’on voudrait avoir de bons rendements, ce calendrier devrait être strictement respecté », a conseillé M. Daouda Camara.

« François » : Une marée redoutée

Après le repiquage, une première marée de faible mouvement et de faible concentration en sel est annoncée. Pour atténuer les effets de cette marée, souligne le consultant, les exploitants devront rehausser le niveau des digues (et des diguettes si nécessaire). Ceci permettrait aux jeunes plants nouvellement repiqués d’amorcer un bon développement étant donné qu’à ce stade, ils sont encore peu résistants au stress de la marée.
Au mois de septembre, une deuxième marée appelée « marée François » est annoncée. A cette période, entre le 10 et le 20 septembre, si les dispositions ne sont pas prises, les plants de riz pourraient être exposés à de sérieux dégâts. « La marée François est redoutée à cause de sa hauteur et de sa concentration en sel qui dépasse la marée d’août. C’est pourquoi avant l’arrivée de cette marée, les riziculteurs de mangrove devront effectuer des inspections sur les digues surtout de ceinture en vue de détecter les zones basses ou présentant des défectuosités, qui devront être réparées avant la montée de la marée de septembre », explique-t-il aux exploitants.

Vue d’une rizière envahie en partie par l’eau de mer

La dernière marée arrive au mois d’octobre. En ce moment, ajoute le consultant, il s’agit d’une marée très dangereuse. Car elle est non seulement haute, mais elle est de forte concentration en sel par rapport aux deux premières. « Mieux, avertit-il, elle intervient au moment où les plants de riz sont très sensibles parce que c’est la période de montaison. Une étape très délicate du développement du riz. Une fois que le riz est envahi par l’eau de mer à ce stade, il n’y a ni recours ni remède. C’est pourquoi avant la venue de cette dernière marée, les riziculteurs de mangrove doivent prendre toutes les disposions qui s’imposent pour éviter son intrusion dans les périmètres cultivés ».

M. Camara conclut que les mois d’août, de septembre et d’octobre constituent des périodes critiques où les riziculteurs de mangrove doivent éviter toutes les autres activités secondaires pour sauvegarder leurs rizières.
Avant de prendre congé de la communauté de Koungha, suite à l’élaboration du calendrier de réalisation des travaux, deux comités de suivi des activités ont été mis en place pour les périmètres, dont (4) membres par comité.

Mamadou Aliou Diallo, depuis les îles Tristato
Email : mamadoualioubm.diallo@gmail.com

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